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Agence Telecom illuminée de l'intérieur
La façade d'une agence Maroc Telecom

Les télécoms marocaines ont un avenir immédiat plutôt troublé, et cela à cause de la conjonction de deux événements.
Menaces lourdes sur les call-centers marocains, selon Manuel Valls

Quand la crise est là, les beaux discours de développement commun et de coopération montrent vite leur limite. Nombreux sont ceux qui ont trouvé une certaine incohérence entre le souhait de Manuel Valls de rapatrier en France les centres d’appels, quitte à en faire supporter le coût par les consommateurs, et les belles déclarations faites par Nicole Bricq, début juillet, lorsqu’elle déclarait :

la France a besoin d’un Maroc fort, un Maroc où nos entreprises exportent, s’installent, créent de l’emploi, des richesses… C’est ce que j’appelle la co-localisation.

Rapatrier les centres d’appel en France serait lourd de conséquences pour le Maroc à un moment où la crise s’y fait sentir. Ce sont environ 5.000 emplois qui sont menacés. 5.000 emplois qui sont souvent occupés par des jeunes, diplômés. C’est donc une population particulièrement sensible, fragile même, celle qui réclame la fin de la vie chère à travers les manifestations du 20 février (dont une a eu lieu ce dimanche 22 juillet à Casablanca) qui est menacée par la décision française. Si on ne fait pas carrière dans un call-center, ou rarement, c’est souvent un premier emploi, relativement rémunérateur, et qui permet d’acquérir des réflexes professionnels et une belle expérience sur son CV.

Plus de 80% des call-centers travaillent pour le marché français. Le Maroc n’a pas pu ou su développer de façon importante une autre clientèle, faute de réels marchés dans les autres pays francophones européens, et de personnel en nombre suffisant pour travailler en anglais ou en espagnol.

Maroc Télécom changerait de propriétaire ?

Maroc Télécom, qui est connu pour avoir imposé au Maroc les tarifs téléphone et internet les plus élevés d’Afrique, est filiale à 53% du groupe français Vivendi Universal. Celui-ci, après avoir frôlé la faillite une première fois du temps de Jean-Marie Messier, est confronté à nouveau à une crise d’endettement, l’acquisition d’E.M.I. étant plus lourde à digérer que prévu, en ces temps de crise. Vivendi est donc en train de vendre les “bijoux de famille”, des sociétés profitables mais qui ne correspondent pas à son coeur de métier, et qui lui permettent de récupérer rapidement de l’argent frais.

Bien qu’officiellement, il n’en soit pas question, Maroc Télécom ferait partie des sociétés susceptibles d’être vendues. Un prix circulerait même sous le manteau, de 3 milliards d’euros, très bas par rapport à la valeur réelle de la société, mais qui reflète ses difficultés d’exploitation. Maroc Télécom, si elle se modernise, n’arrive pas à faire face à la concurrence agressive de Méditel (qui a Orange comme partenaire) et Wana. Son bénéfice net est en fort recul : 800 millions d’euros en 2011, soit une baisse de près de 15%, même si sa rentabilité peut continuer à faire rêver : le bénéfice net représente plus de 25% du chiffre d’affaires. Dans ce contexte, la suppression de 1.500 emplois, annoncée par Vivendi, peut sembler contestable.

A vendre, donc, mais à qui ? Les rumeurs courent, on évoque Djezy, le Quatar.