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Le FMI et l'aide au développement
Le FMI et l'aide au développement

C’est e-marrakech.info qui publie la lettre d’engagement du Maroc vis à vis du FMI.

Si tous les engagements pris sont tenus, les années à venir vont être difficiles pour le Maroc.En effet, l’ouverture d’une ligne de crédit de 6,2 milliards de dollars de secours pour les deux ans à venir a été conditionnée à l’objectif gouvernemental d’augmenter le taux de croissance à un taux global de 5,5% sur la période 2012-2016, en utilisant trois leviers, le support de la demande interne, la promotion de l’investissement dans le secteur privé, et la mise en oeuvre de réformes structurelles et de stratégies sectorielles.

Dans les circonstances actuelles, le taux de 5,5% semble relever du voeu pieux, ou de l’auto-suggestion, plus que d’une analyse macro-économique rigoureuse.

En ce qui concerne l’emploi des jeunes, le gouvernement va intensifier ses efforts pour renforcer l’adéquation des programmes de formation avec les besoins des différents secteurs. Les termes “intensifier” et “renforcer” impliquent qu’il y ait déjà une adéquation. Si elle existe sur le papier, elle est très faible en pratique étant donnée la très mauvaise situation de l’enseignement public marocain. Et là, malheureusement, on travaille dans la durée. Un programme d’éducation de l’ampleur nécessaire au Maroc se planifie sur des dizaines d’années…

Politique fiscale et para-fiscale

Le gouvernement envisage une réduction importante du déficit budgétaire à environ 3% du PIB en 2016, en renforçant la rationalisation et l’efficacité des dépenses publiques, autant que l’optimisation des revenus.

(…)

La réforme du système de compensation est aussi une des priorités du gouvernement, pour élargir le système de protection de la population la plus vulnérable, en ciblant [mieux?] ces dépenses pour préserver l’investissement public.

C’est un engagement à la réforme de la Caisse de Compensation. C’est la réforme à la fois la plus nécessaire, parce que la caisse de compensation asphyxie littéralement le budget de l’état, et la plus risquée, politiquement parlant, car elle va impacter directement le porte-monnaie, en augmentant le prix de produit indispensables. Il est prévu de mettre en place des mécanismes de remplacement, mieux ciblés, qui seront des aides directes financées par l’état. Cela implique, malheureusement, un risque de corruption, un risque de délai dans le versement, donc une mauvaise perception par une population déjà très touchée par la vie chère (c’était le thème de la dernière manifestation du mouvement du 20 février).

Le gouvernement a l’intention de faire une large consultation des partenaires économiques et de la société civile, pour déterminer la meilleure stratégie pour cette réforme, et ce avant la fin de l’année 2012.

Disons que les “larges consultations” peuvent être plus ou moins réussies. Si on regarde le processus constitutionnel, par exemple, cette consultation avait été particulièrement accélérée, ce qui est dommage. Néanmoins la même constitution a créé de nombreux organes de consultation. Ce sera l’occasion de prouver leur efficacité.

Les fonctionnaires risquent d’être touchés : le gouvernement veut réformer les salaires dans le service public pour mieux les lier à la performance individuelle. Cette réforme sera mise en place en parallèle avec celle du système des retraites qui vise à assurer sa pérennité. Ce n’est un secret pour personne vivant au Maroc que l’administration marocaine n’a pas intégré dans toutes ses composantes la notion de “service public” et qu’il est parfois très difficile pour l’usager de bénéficier d’un service de qualité – alors même que de nombreux fonctionnaires sont à la fois compétents et travailleurs, le “système” ne fonctionne pas bien. Mais là encore, il me semble qu’on reste dans le domaine du vœu pieux et que la mise en œuvre d’un système de rémunération de ce type ne seras pas facile.

Enfin, comme partout en période de crise budgétaire, on augmente les impôts. Il s’agit d’élargir la base fiscale, améliorer les taux de collecte, rationaliser les coûts fiscaux, et augmenter la valeur des propriétés de l’état, sans pour autant nuire à l’investissement productif. Beau programme… il s’agit donc de :

  • sans doute diminuer le seuil en dessous duquel les revenus ne sont pas imposés et / ou augmenter les taux par tranches (qui sont assez élevés puisqu’en réalité ils s’appliquent non pas à la tranche, mais à la totalité du revenu : si vous gagnez moins de 28.000 dirhams / an (2.800 €) vous n’êtes pas imposé, mais si vous gagnez entre 28.000 et 40.000 dirhams, vous payez 12% sur la totalité de votre revenu, à partir du premier dirham).
  • augmenter la TVA sur certains produits. De nombreux produits de luxe sont taxés au taux de TVA normale
  • augmenter autant que possible les droits de douanes, ce qui permettra aussi de limiter les importations. Cependant, l’accord de partenariat privilégié avec la communauté européenne limitant ces possibilités, cela se traduira sans doute par une suppression / diminution des exonérations accordées, notamment aux MRE, fonctionnaires, etc.

Il faut espérer que cela s’accompagnera d’une réelle politique de recouvrement des grosses dettes, qu’elles soient vis à vis du Trésor Public ou de la CNSS. De grosses entreprises sont connues pour avoir plus d’un an de retard dans le règlement de leurs cotisations CNSS…

Coup d’arrêt des importations

C’est là le véritable problème du Maroc. Le coût élevé de nombreux produits importés, dont les produits pétroliers et les produits alimentaires de base allié à une évasion des devises a fait fondre drastiquement les réserves de changes. Il faut espérer que cette politique de réduction des importations ne se traduira pas par des difficultés plus grandes pour les entreprises exportatrices, et notamment par une suppression ou un encadrement des comptes en devises, qui avaient été récemment libéralisés.

Contrôle des crédits

De toute la liste d’engagements, c’est sans doute un des plus ambigüs. Les banques marocaines sont en général assez frileuses dans leurs crédits aux entreprises, mais… dans les grandes villes, de nombreux marocains sont en état de surendettement chronique, s’endettant pour le mouton, pour ramadan, pour le hajj, pour la rentrée, ou plus gravement, pour une opération médicale pas ou mal couverte par le système de soins de santé.

Diminuer les crédits risqués veut donc dire diminuer une des soupapes des populations pauvres. En même temps, une bonne partie des crédits marocains sont hors système bancaires, plutôt en famille, ou entre associés… et donc finalement, par rapport à un pays européen, les banques marocaines ne semblent pas dans une situation si risquée.