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La finance islamique
La finance islamique se développe partout dans le monde

L’Islam doit-il être un argument commercial ? Ou plutôt, l’Islam peut-il être utilisé comme prétexte commercial ou dans les affaires ? Comme excuse, aussi ? C’est ce que certains font, je dirais sans grande pudeur. Après l’article de mboyagine sur les abus des groupes sur Facebook, j’avais envie de vous parler de “syndicats de PME” dont les membres semblent plus enclins à rejeter sur d’autres la raison de leurs problèmes.
Bien sûr, il est difficile de juger sans avoir tous les tenants et les aboutissants, et c’est la raison pour laquelle je m’en tiendrais à des généralités, sans mettre en cause des personnes ou des entreprises (et il est inutile de me demander les coordonnées par message privé, je suis sincère).

Carte de la finance islamique dans le monde
Le marché de la Finance Islamique
Source : HSBC Amana

La finance islamique au Maroc est très discrète

D’abord, quelques éléments de contexte. L’arrivée de la finance islamique au Maroc a fait couler beaucoup d’encre. Beaucoup de marocains souhaitent en effet des établissements financiers en accord avec leurs croyances, et pouvoir trouver des moyens de financer un achat de maison, ou le développement de leur entreprise sans faire appel à la riba (l’usure) qui est strictement interdite en Islam. Les banques traditionnelles sont inquiète face à l’arrivée de concurrents potentiels, et les choses vont extrêmement doucement.

En 2007, la banque nationale, Bank Al Maghrib, a autorisé la mise en place de trois produits spécifiquement islamiques, la Mourabaha et l’Ijara étant plutôt destinés aux financements des investissements, tandis que la Moucharaka permettait, sous certaines conditions, le financement des besoins en fonds de roulement. Cependant, la Bank Al Maghrib interdisait la publicité sur les termes “finance islamique” et demandait qu’on se limite à l’appellation d’instruments financiers alternatifs.

En conséquence, de nombreux marocains en ignorent l’existence, ou croient qu’il s’agit de financements interdits par l’Islam, et s’abstiennent d’y recourir.

Avec les élections de 2012 et l’arrivée au pouvoir du PJD, la donne change : le gouvernement annonce vouloir développer la finance islamique, et faire passer des lois spécifiques pour la faciliter. On attend même la création en 2013 d’une banque islamique, à capitaux majoritairement marocains, en partenariat avec des établissements des pays du Golfe.

Il est paradoxal que la finance islamique soit moins développée dans un pays musulman comme le Maroc qu’elle ne l’est dans certains pays européens, comme l’Angleterre, non ? Et normal que de nombreux marocains l’attendent avec impatience.

La finance islamique n’est pas la solution à tout

Cependant, il faut se souvenir qu’une banque islamique est avant tout un établissement financier, avec des contraintes de rentabilité et de gestion du risque. Ce n’est en aucun cas un organisme humanitaire, comme le sont les établissements de micro-crédit.

En Islam, c’est l’intérêt qui est interdit, pas le profit. Il est donc illusoire de croire que les banques islamiques vont résoudre les problèmes de financement des PME marocaines, quand ceux-ci ne viennent pas d’un refus du circuit financier classique.

Autrement dit, si une banque traditionnelle refuse de financer une PME, il y a de fortes chances pour qu’une banque islamique fasse de même.

Je suis donc extrêmement surprise de voir les discussions de certains groupes de PME et TPME marocaines sur LinkedIn qui appellent de tous leurs voeux la finance islamique comme solution miracle aux problèmes des TPME.

Une vision plus participative du rôle de la banque est certes un plus (et en dehors de la finance islamique, des banques coopératives comme le Crédit Agricole ont fait leurs preuves), mais les difficultés d’accès au financement que rencontrent les TPME sont liés à de nombreux points, sur lesquels la finance islamique ne peut rien :

  • une économie largement informelle, largement au black ; on peut imaginer qu’une entreprise ayant recours à la finance islamique applique les mêmes principes d’honnêteté dans ses déclarations comptables, mais en pratique, ce n’est pas le cas ; et que faire quand un client exige que vous travailliez au black, sinon il va ailleurs ?
  • des délais de paiement exagérés, même en dehors des marchés publics, et qui font boule de neige ; dans le secteur du tourisme, par exemple, il n’est pas rare que des agences marocaines payent leurs prestataires à six mois, une fois le cash de la nouvelle saison encaissée ; cela a bien évidemment des effets boule de neige ;
  • une insuffisance professionnelle forte, tant en interne (sur les aspects juridiques, stratégiques, notamment) qu’en externe, dans les administrations ;
  • une incertitude juridique et réglementaire : la recommandation est “tout sauf faire appel à la justice” ;
  • un marché en crise, et fortement impacté par la crise extérieure.

De plus, l’octroi de crédits est aujourd’hui fortement encadré au Maroc, notamment à cause de la ligne de crédit du FMI. La fameuse lettre d’engagements du gouvernement marocain est tant bien que mal mise en application, et la restriction des crédits faisait partie des mesures imposées.

Le syndicat professionnel n’est pas l’alternative à l’échec commercial

C’est pourtant l’impression amère que laissent certaines organisations, que l’on voit dirigées par de parfaits inconnus qui ne peuvent justifier d’aucune entreprise en activité (ou qui préfèrent les dissimuler ?).

Une des personnes qui se plaint fortement de sa banque – et l’histoire qu’il raconte est effectivement insensée, si elle s’est produite comme elle est racontée – a une entreprise dont l’activité est la commercialisation de solutions logicielles, et le développement de sites webs.

Le site “professionnel” de cette entreprise est sur free.fr , un hébergeur gratuit avec de nombreuses restrictions (et difficile d’accès pour les marocains, personnellement je dois passer par une IP européenne pour le voir), et mentionne des logiciels qui n’existent pas, ou du moins qui sont totalement introuvables sur Google.

Dans ce cas, on est amené à ses poser des questions légitimes sur la réelle cause des problèmes ?

Je souhaite de tous mes vœux une finance responsable, et les barrières coraniques qui sont imposées à la finance islamique sont très positives. Il aurait été difficile d’avoir une crise des sub-primes en suivant la Sunna. Néanmoins, je n’aime pas qu’on instrumentalise les choses, et qu’on mélange tout… c’est le propre des Tartuffes