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Représentation graphique du nombre de médecin par habitant sur un planishphère
Nombre de médecins par habitant dans le monde. Source : Médecins du Monde

Un médecin pour 2.000 habitants… c’est le chiffre moyen pour tout le Maroc, tel qu’on le voit sur cette carte que j’ai trouvée sur “Une carte du Monde”. En remontant à la source, on s’aperçoit qu’il s’agit d’un poster qui a été réalisé pour “Médecins du Monde” en Hollande, pour être accroché dans les salles d’attente des médecins, et pousser leurs patients à être généreux, en prenant conscience de leurs privilèges.

2007 me semblait ancien, j’ai donc trouvé des statistiques un peu plus récentes (2009 pour le Maroc), et préféré comparer avec la France.

Comme les chiffres de la carte sont peu lisibles voilà les chiffres les plus intéressants :

  • Nord du Maroc : un médecin pour 2.000 habitants
  • Mauritanie : un médecin pour 9.000 habitants
  • Algérie : un médecin pour 900 habitants
  • Tunisie : un médecin pour 750 habitants
  • France : un médecin pour 280 habitants
  • Pays Bas : un médecin pour 350 habitants

Première constatation : en ce qui concerne le nombre de médecins par habitant, le Maroc est très nettement à la traîne, avec plus de 50% de médecins en moins que ses voisins.

Hachouma !

Voici donc un petit comparatif. En plus des pays du Maghreb, j’ai rajouté l’Afrique du Sud, un pays africain avec un niveau de vie élevé (les chiffres viennent de ce site)

Pays Nb médecin /1000 hab Dépenses santé / hab Dépenses santé / PIB
France  3,06  4.691 $  3,5%
Allemagne  4,08  4.668 $  12,1%
Pays Bas  2,92  5.593 $  9,5%
Maroc  0,6  148 $  5,5%
Algérie  1,2  178 $  5,8%
Tunisie  1,19  238 $  1,2%
Afrique du Sud  0,77  649 $  8,2%

La situation médicale au Maroc est clairement pire que chez ses voisins. La dépense moyenne par habitant largement inférieure, comme le nombre de médecins. Et si le poids dans le PIB reste relativement important, c’est juste parce que les marocains sont beaucoup plus nombreux que leurs voisins.

Les grandes villes et le reste du pays

Le plus préoccupant est la très grande disparité entre les quelques grands centres économiques et touristiques du pays (la capitale, bien sûr, Casablanca, Agadir et, mais dans une moindre mesure, Marrakech, Fès et Tanger) et le reste du pays. Même à Khenitra, même à Ouarzazate, même à Essaouira, on est déjà dans une sorte de désert médical, de plus en plus vide au fur et à mesure qu’on s’enfonce dans le sud (ou dans le nord, dans le cas du Rif).

Ainsi, en cas d’urgence médicale nécessitant une hospitalisation, les habitants de Rissani doivent faire au minimum six ou sept heures de route, une journée entière si ils ont besoin d’un spécialiste qui ne peut se trouver qu’à Marrakech (et, en dessous de Tichka, il n’y a aucun ophtalmo ou cardiologue résidentiel).

La déréliction du système de santé public

Hôpitaux sous équipés, personnel largement insuffisant, corruption, listes d’attentes, absentéisme… c’est la triste réalité de l’hôpital public au Maroc. Le bled est presque mieux loti, avec une politique de dispensaires et d’infirmiers en résidentiel, qui sont efficaces, pour les domaines où ils peuvent agir.

Quant au privé, il ne fonctionne bien que pour les marocains aisés. Combien de marocains pauvres, qui mettent toutes leurs économies dans une opération, sont mal soignés, avec retard ou indifférence, simplement parce qu’ils ne peuvent pas facilement payer ?

Au delà des chiffres, cette carte reflète malheureusement une réalité que les différents gouvernements n’arrivent pas à corriger.