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Interdiction de fumer au Maroc
Interdiction de fumer au Maroc

Quand on sait à quel point il est difficile de faire respecter des lois essentielles au Maroc, comme …

  • l’interdiction de la corruption
  • l’interdiction du mariage des filles mineures
  • le code de la route, la limite de vitesse autorisée

pour ne citer que quelques exemples, on se prend à sourire en voyant le projet de loi visant à interdire de fumer en public.

La première version de la loi n°15-91, publiée en 1996, visait déjà à interdire de fumer dans les lieux publics, hôpitaux, administrations, restaurants… Il suffit de passer dans une rue de Casablanca ou Marrakech pour voir à quel point elle est peu respectée. Rarissimes sont les restaurants qui proposent un espace non fumeur, et seuls quelques espaces sont réellement devenus non fumeurs, comme l’aéroport de Marrakech. Bien peu de marocains, d’ailleurs, savent qu’il existe une loi, tant elle est peu appliquée.

Mais le projet de loi est là : il propose tout simplement d’interdire purement et simplement de fumer en public.

La question est : pourquoi faire une nouvelle loi alors que la loi actuelle est claire et complète ? Elle interdit de fumer dans tout lieu destiné à usage collectif,  tous les services ainsi que les établissements publics, les transports en commun, les écoles, les hôpitaux et cliniques, clubs sportifs …. bref tout espace ouvert au public !

Elle précise même les possibilités d’espace fumeur pour les cafés et restaurants, en autorisant de fumer en terrasse ou dans «espaces fumeurs» aménagés. Si la superficie globale est inférieure à 100 m² il n’est pas possible d’aménager des espaces fumeurs. Pour ceux qui sont plus grands, ils peuvent faire ces zones fumeurs isolées qui représenteraient au maximum un cinquième de la surface totale.

Question … avez vous déjà vu ces zones fumeurs ? Avez vous déjà vu des restaurants où il n’y a pas de cendrier sur la table ?

Pendant ce temps là, l’interdiction des cafés à chicha promulguée par certaines villes (Casablanca, Marrakech) reste lettre morte, car il n’y aura pas de loi les interdisant. Les exploitants sont donc soumis à une grande incertitude, les descentes de police étant malgré tout peu efficaces, puisque les “contrevenants” ne seront pas contrariés.

Alors pourquoi faire une nouvelle loi et charger la session parlementaire ? (deux cent cinquante projets de loi, quand même, à discuter et voter avant le mois de Ramadan 2013…) , ne faudrait-il pas prendre plus de temps pour les décrets d’application ?

En réalité, ce genre de lois est une sorte de cache-misère. Tandis que le gouvernement est en retrait sur les dossiers les plus importants (l’économie, la diplomatie, et notamment celle liée au Sahara), qui peuvent même être gérés directement au Palais, les lois moralisatrices semblent servir de dragon de papier montrant l’activité d’un gouvernement islamiste fidèle à ses idéaux. Mais est-ce vraiment pour cela qu’il a été élu ?