SHARE
Ahmed Aassid
Ahmed Aassid

Si vous n”avez pas entendu parler jusqu’à maintenant de la polémique autour de la conférence donnée à Rabat par Ahmed Assig, lors d’un séminaire organisé par l’Association Marocaine des Droits de l’Homme, en voici le résumé

Les déclaration d’Ahmed Aassid sur l’Islam “propagé à l’épée”

Lors de ce forum, Ahmed Aassid s’est élevé contre la façon d’enseigner l’Islam au Maroc, et sur l’accent mis sur l’aspect guerrier et conquérant, ainsi que sur les menaces de mort en cas d’apostasie (faut-il rappeler que récemment, lors d’une consultation dans le cadre d’un rapport sur les droits de l’homme, un conseil d’ulemas marocains a bien confirmé que la peine de mort doit être la punition de l’apostasie ?).

Il a expliqué que l’Islam du temps du Prophète, propagé à l’épée, mal expliqué et mal enseigné, véhiculait aujourd’hui un message terroriste.

Il a ajouté que l’enseignement de l’Islam devait évoluer, car “les valeurs universelles actuelles sont ce que l’humanité a atteint de mieux“.

En même temps, il a précisé que “L’Islam du temps du Prophète Mohammed incarnait la mondialisation, car il était une synthèse de toutes les civilisations qui l’avaient précédé, c’est ce qui a d’ailleurs poussé les Européens à traduire les écrits d’Ibn Sina (Avicenne) et d’Ibn Rochd (Averroès), pour en profiter”

Polémique et indignation

Cette déclaration (qui n’a pas été faite au Maroc) a soulevé l’indignation d’un certain nombre de salafistes, qui accusent Ahmed Aassid d’une attaque directe contre la personne du Prophète.

Laissons ceux qui savent décider… en leur souhaitant de ne pas oublier qu’effectivement, l’ère des guerres religieuses et de la propagation de l’Islam par la conquête a pris fin il y a quelques siècles.

Et que si elle reprenait aujourd’hui, elle serait sans doute assimilable à une colonisation.

Il est exact que les temps ont changé. Et qu’une action qui était adaptée et justifiée dans un contexte historique donné peut ne plus l’être aujourd’hui, sans que cela dénature le message Coranique, ou que le dire soit une attaque contre la personne du Messager d’Allah.

Mais ce qui est grave, c’est l’entrée en scène personnelle du premier ministre, Abdellilah Benkirane, qui a déclaré “Ce n’est pas raisonnable de parler ainsi du messager d’Allah, le meilleur des Hommes, ce n’est pas raisonnable et je n’accepterai pas ça.”

Monsieur Benkirane a parfaitement le droit de ne pas être d’accord avec Ahmed Aassid et de l’exprimer.

En revanche, la deuxième partie de la phrase est une ingérence intolérable, et une atteinte à la séparation des pouvoirs.

Le principe de la séparation des pouvoirs

Il est assez simple : il repose sur la séparation en trois entités, le Parlement élu, qui promulgue les lois, le Gouvernement, qui les exécute, et qui gère le pays, et les Juges, qui décident si les lois sont respectées ou pas.

En l’occurrence, Ahmed Aassid a exprimé une opinion.

En cas de désaccord, Monsieur Benkirane doit demander à la justice si cette opinion est illégale ou pas. Au cas où elle le serait, il devra alors, en tant que chef de l’exécutif, faire exécuter la sanction qui en déroule. Mais toute autre action (comme sous-entendu par la phrase “je n’accepterai pas ça”) serait illégale, et contraire à la démocratie.

Or Ahmed Aassid, chercheur à l’Ircam, s’est vu signifié très récemment qu’il allait être licencié. Est-ce une coïncidence ?

Qui est Ahmed Assig

Sans doute n’attendait-on que ce prétexte pour se débarrasser de lui. Ahmed Assig est en effet, outre un intellectuel et un chercheur, un militant, à la fois de la cause amazigh, et du mouvement du 20 février.

Cet intellectuel reconnu par ses pairs, y compris à l’étranger, est donc un militant qui dérange doublement le gouvernement. En tant qu’amazigh, il représente un courant que Monsieur Benkirane ne porte pas particulièrement dans son coeur, et donc les aspirations culturelles s’opposent à l’arabisation souhaitée par le gouvernement actuel.

En tant que militant du 20 février, il est partisan d’une laïcité et d’une liberté de conscience qui n’est pas aujourd’hui inscrite dans la constitution, et qui est bien opposée aux objectifs du PJD (cf. l’article de Lakome sur les revirements du PJD en matière de liberté de conscience).

Il est donc bien possible que les récentes déclarations d’Ahmed Aassid soient simplement un prétexte pour tenter de se débarrasser d’une personnalité qui gêne tout le monde.