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Dromadaire léchant une main tatouée au henné
Le henné et le dromadaire, deux icones du tourisme marocain

Le printemps arabe, et les révolutions et élections qui ont suivi dans tous les pays d’Afrique du Nord ont profondément influencé l’activité touristique.

A très court terme, on a constaté une chute de fréquentation importante. Les touristes bloqués sur place, puis rapatriés en urgence lors des événements de Tunisie, l’attentat Argana à Marrakech, les troubles violents en Égypte ont légitimement fait peur aux touristes, qui ont envie d’une ou deux semaines de vacances tranquilles, pas de se transformer en reporter d’événements chauds. (Bien que l’attentat de Marrakech ne soit pas directement lié aux printemps arabes, il a eu lieu pendant la même période de temps, et il est donc « assimilable », du moins d’un point de vue de l’impact à distance sur la perception des touristes européens).

Si la Tunisie semble commencer à se stabiliser, si le Maroc a échappé à des troubles graves et avance cahin-caha sur la voie de la démocratisation, avec une réforme constitutionnelle importante, et des élections, la victoire généralisée des partis dits islamistes a eu elle aussi un impact négatif. Vu de l’autre côté de la Méditerranée, le touriste pas toujours au fait des subtilités de la vie politique des pays du Maghreb a du mal a faire la différence entre les rares intégristes poseurs de bombe et des partis politiques qui, comme les démocrates chrétiens en Europe, se réclament à la fois de leur religion et de la démocratie. De plus, les programmes du PJD au Maroc ou d’Ennahda en Tunisie sont assez différents, sur le fonds, et contribuent à entretenir un certain flou.

Qu’en est-il donc pour le Maroc ? Il faut analyser ses atouts par rapport à deux groupes de pays, dans une situation totalement différente.

Algérie et Lybie : tourisme peu développé

L’Algérie : un tourisme d’émigrés

L’Algérie n’a jamais été un pays de grande fréquentation touristique. Les difficultés relationnelles avec la France dans l’époque post-coloniale et la difficulté à refermer des plaies brûlantes n’avaient pas empêché le développement d’un tourisme anglo-saxon et espagnol. Malheureusement, ce qu’il faut bien appeler une guerre civile, et les longues années d’attentats ont donné à ce pays une image dangereuse. L’ambiance que ressent le touriste qui arrive à Alger et doit franchir plusieurs barrages militaires sur le court trajet qui va de l’aéroport au centre ville renforce ce malaise.

De plus, en tant que pays musulman, l’Algérie n’est pas prête aux accommodements consentis par ses voisins. Si le développement touristique est aujourd’hui souhaité par un gouvernement soucieux de diversifier ses sources de devises, il ne doit pas se faire au détriment des valeurs islamiques. La pratique des plages, des bains de mers, par exemple, serait très réduite.

Enfin, la longue période d’insécurité a empêché le développement touristique du pays. Les infrastructures sont sous-dimensionnées, anciennes, l’offre hôtelière est rare.

Tout ceci explique que la majorité des touristes algériens sont des émigrés rentrant au pays pour les vacances.

Les manifestations du printemps arabe – qui ne sont toujours pas éteintes – n’ont pas mis fin à cette fréquentation, mais, conjuguées aux autres faiblesses de ce pays, empêchent l’Algérie de se présenter comme un destination alternative attractive.

La Lybie : un tourisme de luxe, et balbutiant

La Lybie a longtemps été presque fermée au monde extérieur. De plus, elle n’avait pas besoin du tourisme pour vivre. Ces dernières années, la réouverture de relations diplomatiques normales avec M. Khaddafi laissait prévoir une ouverture plus importante du pays. Si les expéditions pour voir l’éclipse totale du soleil de 2006 avaient souvent été de vraies aventures, une offre se développait peu à peu, orientée vers un tourisme de luxe avec notamment des bivouac « de rêve » dans le désert libyen. Il est évident que l’état actuel du pays met fin à ce début de développement touristique, et pour une période dont la fin ne peut pas encore être envisagée.

Tunisie et Égypte : industrie touristique en perdition

L’Égypte : un contexte sécuritaire inquiétant

Cela était le cas avant. On se souvient des nombreux attentats qui ont frappé des touristes en Égypte. Une partie du pays était contrôlée militairement (par exemple, le trajet de l’aéroport international aux bases de plongées d’Hurgada et de la mer Rouge ne pouvait se faire normalement qu’en convoi autorisé ou en transport collectif).

La destitution de Ben Ali n’a pas résolu les problèmes loin de là. Les égyptiens continuent à manifester régulièrement sur la place Tahrir, et la police continue à les réprimer violemment (cf. la vidéo de la fille en soutien-gorge bleu, une militante portant le voile, qu’on découvre violemment passée à tabac par une police qui n’a aucun problème à soulever ses vêtements). Les tensions importantes entre Coptes et une portion de la population, l’écho de la résistance de certains égyptiens à la pression religieuse laissent globalement au touriste une impression mitigée. Le risque est perçu comme élevé.

La Tunisie ne se stabilise pas encore

Le printemps tunisien a été un choc pour la plupart des touristes sur place. Si globalement la révolution a été perçue de façon très favorable, être bloqué dans son hôtel et rapatrié avant la fin de ses vacances n’est pas une expérience agréable, et pour certains, la conclusion a été « plus jamais ça ».

La fin d’année 2011 a été très difficile pour le tourisme tunisien, avec de nombreux établissements fermés, ou en sous-activité importante. Ce qui implique, pour les tunisiens, un taux de chômage élevé, surtout dans des régions comme Hamamet ou Djerba, qui vivaient essentiellement de cette activité.

Or le gouvernement de transition peine à stabiliser la situation. Plus que la victoire d’Ennhada, c’est l’insécurité quotidienne qui pourrait faire fuir durablement les touristes. Au delà de la communication officielle, ce post sur un forum de voyage est typique de l’état d’esprit de nombreux touristes. Intitulé « mon dernier voyage en Tunisie » il montre bien à quelle point la situation n’est pas revenue à la normale, entre agitation, mendicité… et tout simplement qu’au delà des touristes « club de vacances », même des visiteurs qui connaissent bien le pays et l’apprécient peuvent décider de ne plus y revenir, au moins pour un temps. La conclusion du post est

Personnellement, je n’ai pas retrouvé pour ce dernier voyage, la « magie » de mes séjours antérieurs.
C’est mon avis.
Je ne programme donc pas un autre voyage en Tunisie pour les années à venir.
Cela me désole.

[…]

Pour ma part, ayant la possibilité de voyager ailleurs dans le monde, je préfère des destinations plus calmes, et sures.
J’ai besoin de me sentir à l’aise au cours de mes voyages.

Le Maroc peut-il être une de ces destinations ?

Le Maroc dispose de nombreux atouts touristiques

Le Maroc est stable politiquement

La stabilité politique du royaume n’a pas été ébranlée par les événements. Au contraire, la réforme constitutionnelle, et le choix aux élections législatives d’un parti à la fois islamiste modéré et affirmant son attachement à la monarchie prouve que les marocains ne voient pas leur avenir dans une révolution violente.

L’exemple des pays voisins a aussi été perçu comme un avertissement : la situation politique et économique plus favorable au Maroc faisait déjà que les marocains avaient nettement plus à perdre que leurs voisins. Ils ont découvert aussi le « prix » (au sens propre du terme) d’une révolution, vus rentrer des amis ou des membres de leur famille qui travaillaient en Lybie, en Tunisie, en Egypte. Bref, échaudés, ils ne souhaitent pas connaître une telle crise.

Une offre touristique de qualité

A part quelques exceptions très encadrées et limitées, le Maroc n’a jamais développé un front de mer et des stations balnéaires comme on les voit en Tunisie. Son offre touristique est très variées, entre séjours culturels, vacances sportives (golf, trekking, randonnée équestre), ou nature, dans le désert. Les marocains ont développé depuis longtemps un savoir-faire, et disposent de toutes les infrastructures nécessaires. Néanmoins, à cause de son orientation plus qualitative, et malgré la crise, il ne propose pas un volume important d’offres low cost, comparables à ce qu’on pouvait trouver en Tunisie.

Il risque aussi de subir la concurrence accrue de l’Espagne, et particulièrement des Canaries et de la Costa del Sol. La crise qui frappe l’Espagne pousse les opérateurs locaux à casser les prix, et l’Espagne est perçue comme un pays sans aucun risque.

Le Maroc a donc une opportunité pour se positionner comme « le pays méditerranée pour des vacances au soleil ». Il doit la saisir avec une politique active, d’un point de vue commercial, marketing, mais aussi en renforçant la qualité de son offre.