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Frigide Barjot
Frigide Barjot

La médiatisation de la visite de Frigide Barjot au Maroc laisse un goût amer. La madone rose n’en est pas à un dérapage près, mais celui-ci est peut-être encore plus dérangeant que les autres, car il dénote une confusion absolue dans les combats, une politisation et un ancre religieux de son mouvement qu’elle a toujours contestés, et surtout, il montre à quel point les français installés au Maroc « se croient chez eux ».

La venue de Madame Barjot a été organisée par un obscur consultant, Hugues de Monterno, gérant d’une officine de communication, com2market, dont le site web « en création » permet de se faire une idée exacte de ses savoirs-faire. Pour mettre les points sur les i, Hugues de Monterno semble tout simplement être venu au Maroc après avoir quitté un grand groupe (certains appellent ça des accidents de carrière), et travaille en off-shoring pour les même grands groupes, à bas prix. En tout cas, c’est ce qu’on peut comprendre des différentes informations un tant soit peu professionnelles qui trainent sur la toile.

Sans être excessivement exigeant, on peut penser qu’une société qui existe depuis 2000 aurait un site un tant soit peu développé… Un petit tour par « archive.org » prouve que le site en en construction depuis 2008, avec constance… Mais là n’est pas la question essentielle.

La question est : quel est l’objectif de la venue de Frigide Barjot ?

Elle a été invitée par la section marocaine du groupe d’influence « La Manif Pour Tous », et non pas pour organiser une manifestation contre la loi sur le mariage « pour tous » en France, mais pour « rencontrer les parents d’élèves français et aussi marocains, préoccupés par la volonté du gouvernement français d’enseigner la théorie des genres dès le primaire« .

Première constatation : on est très loin de l’ouverture du mariage aux homosexuels.

La théorie des genres, qu’est ce que c’est ? C’est une théorie qui explique que la différence entre hommes et femmes n’est pas (exclusivement) basée sur la nature, et la différence de chromosomes, mais (essentiellement) construite par l’environnement culturel et social.

Rien de très nouveau sous le soleil, Simone de Beauvoir, qui était depuis longtemps au programme scolaire sans que personne ne s’en offusque, l’avait dit en son temps « on ne nait pas femme, on le devient ».

Il est tout à fait exact que cette théorie, poussée à l’extrême, peut entrer en conflit avec les opinions religieuses, surtout pour des religions comme l’Islam ou le Judaisme, ou dans une moindre mesure, le Christianisme, qui assignent des rôles et des responsabilités différents aux hommes et aux femmes.

Néanmoins, la démarche qui consiste à se tourner vers une fêtarde home-friendly, communicante experte mais politique dépassée par les événements pour discuter, sur le sol marocain, d’éléments de politique française, est plus que douteuse.

Les parents qui mettent leurs enfants dans les écoles françaises le savent, et depuis longtemps : ils suivent un cursus français, déterminé par le gouvernement français, et imposé à ces écoles dans le cadre de contrats d’association.

On n’avait jusqu’à maintenant pas vu de personnalité de métropole venir au Maroc pour protester contre les différentes réformes de l’enseignement. On n’avait pas vu les parents marocains se réunir pour protester contre des enseignements contraires à la lettre de l’Islam dans des écoles qu’ils avaient librement choisies pour leurs enfants.

Frigide Barjot déborde, et se politise. Cette lutte est lancée par un syndicat fortement à droite, un de ces groupements politiques qui soutiennent les mesures de discrimination racistes en France.

Frigide Barjot n’est pas là pour « son combat » (qui est perdu). Elle est là pour donner de la visibilité à un mouvement largement contaminé par des éléments de droite, racistes et extrémistes. Ceux là même qui portent tort aux immigrés en France. Ceux là même pour qui de nombreux néo-colons français votent (les scores lepénistes au Maroc sont effrayants).

Pourquoi le Maroc accepte-t-il de donner une tribune à des groupes qui agissent, globalement, contre les intérêts de ses ressortissants ?