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Daniel Galvan arrêté et menotté
Daniel Galvan arrêté et menotté

C’est un compte twitter peu connu, celui de @Maria_Karim, qui a lancé la nouvelle qui depuis rebondit sur les réseaux sociaux, les blogs et dans toutes la blogoma, de plus en plus destructrice à chaque impact : à l’occasion de la Fête du Trône, le nom d’un pédophile espagnol de 63 ans, Daniel Galvan, qui avait été condamné en 2011 à trente ans de prison pour le viol de 11 enfants marocains âgés de 2 ans à 14 ans. a été inclus dans la liste des personnes à gracier, liste signée par le roi. Le pédophile a donc été gracié.

J’ai appris la nouvelle par un article extrêmement dur, mais dont la dureté est parfaitement méritée : A tous les pédophiles de la terre, venez baiser nos enfants, ici c’est gratuit. dans un blog anonyme mais fort bien écrit d’une marocaine vivant en France, qui mélange allègrement les histoires de cul, de politique, de corruption dans un humour qui cache difficilement un certain dégoût.

Comme tout le monde, je suis sous le choc de cette grâce impensable, incompréhensible, honteuse autant pour l’Espagne que pour le Maroc, dégoutée et révoltée par cette remise en liberté, semble-t-il confirmée par les avocats des parties civiles.

Au delà de cette colère, tellement bien exprimée ailleurs, j’essaye de réfléchir à l’enchaînement de circonstances qui a pu amener à une telle décision. Ce que l’on sait de l’histoire tient en peu de mots et beaucoup de points d’interrogation.

L’Espagne a demandé au Maroc l’indulgence pour les prisonniers espagnols à l’occasion de la Fête du Trône

Les français ont tendance à l’oublier, l’Espagne est aussi une ancienne puissance coloniale. A la différence de la France, elle a gardé quelques arpents de terre, Ceuta et Melilla, qui lui rendent bien service pour étendre ses eaux territoriales et ses droits de pêche. Ces arpents de terre sont une épine permanente pour les marocains, qui n’ont de cesse d’en réclamer la restitution à l’Espagne.

L’autre point de friction est le traitement des immigrés marocains, nombreux à aller en tant que saisonniers en Espagne, souvent traités dans des conditions inhumaines (baraquements sans eau courante), et renvoyés au bled sans autre forme de procès.

Enfin, le Maroc trouve que, sur l’affaire du Sahara Occidental, l’Espagne se mêle de ce qui ne la regarde plus, et ne devrait pas autant soutenir les positions du Polisario.

C’est donc sur un fond de relations tendues que s’est déroulée la visite du roi Juan Carlos d’Espagne du 15 au 18 juillet. Mais aussi sur un fond de relations que l’on souhaite améliorer. Le roi d’Espagne était venu accompagné de neuf ministres, et, fait sans précédent, on lui a offert les clés de la ville de Rabat.

Selon Lakome,

les services espagnols (lesquels ?) auraient fait pression, « insisté fortement » pour que Daniel Galvan fasse partie de la liste des prisonniers graciés.

Selon d’autres sources, le Roi Juan Carlos aurait simplement demandé au Maroc de faire preuve d’une grande indulgence pour les prisonniers espagnols.

Le nom de Daniel Galvan avait été identifié

Toujours selon Lakome, et selon d’autres sources,

Le ministère marocain de la Justice avait préparé une note pour alerter le cabinet royal de la présence d’un pédophile dans la liste mais s’était vu simplement ordonner «d’exécuter» les directives du cabinet, selon des sources crédibles proches du ministère consultées par Lakome.

Les sources de Lakome sont anonymes, le cabinet aussi, d’une certaine façon c’est anonyme, cela regroupe des conseillers spéciaux, des hommes de l’ombre qui n’ont aucune légitimité démocratique.  Seul Moustapha Ramid, le ministre OJD de la Justice, s’est exprimé.

En tout cas, la grâce royale, contre laquelle il ne peut pas y avoir de recours, a été exécutée, et Daniel Galvan est désormais libre. Il sera simplement extradé et interdit de rentrer au Maroc.

L’engrenage de l’ignoble et de l’imbécilité

Il y a dans cette histoire beaucoup d’anonymes, beaucoup de « on dit », mais il semble certain que quelqu’un, quelque part, en haut lieu, a jugé que la libération d’un vieux pédophile pouvait plaire à l’Espagne et permettre d’engranger des bénéfices substantiels pour le royaume.

C’est sans doute ce quelqu’un qui est le plus pervers. Car, à moins de Daniel Galvan soit un frère caché du roi d’Espagne, où que ses « origines irakiennes » l’ait conduit à être détenteurs de secrets d’états encore plus explosifs que les scandales qui secouent la politique française avec les petits carnets de Takiedine, on se demande bien quelle « compensation » serait juste à l’aune d’une telle grâce ? Et si un tel secret existait, on se permettrait de rappeler qu’on les étouffe sans doute mieux dans une prison marocaine qu’ailleurs.

Une chose étrange d’ailleurs, cette qualité de citoyen espagnol d’origine irakienne, affichée sur la liste des graciés…. « origine », pas « nationalité », « origine », pas « irakien naturalisé ».

Il y a quelque part, au Maroc, quelqu’un qui a cru que « cela passerait », que cela ne se verrait pas. Quelqu’un qui a cru bon d’insister lourdement devant les mises en garde du ministère de la justice. Quelqu’un qui n’a sans doute pas remonté l’information jusqu’au Roi, car jusqu’à maintenant celui ci n’a jamais montré une quelconque indulgence vis à vis des pédophiles, d’une part, ni la connerie politique qu’il fallait pour oser faire ça…

Une image ternie

On voit bien sûr dans la colère des internautes remonter tous les poncifs de la non réflexion politique, entre le qualificatif de « pédophile sioniste » (on sort un peu du sujet) et les injures abjectes.

Mais de façon plus mesurée, plus réfléchie, cette affaire semble pour beaucoup de marocains la goutte d’eau qui fait déborder le vase de la patience. Les plus mesurés appellent à la réflexion et à la compréhension des mécanismes, tout en indiquant qu’il se pourrait qu’on ait cherché à nuire au Roi. Les autres appellent à une place Tahir … et en attendant à des manifestations et sit-in. Laissez-moi ici vous recopier son message sur Facebook :

Le roi du ‪#‎maroc‬ Mohammed 6, notre roi aimé donc, se trouve dans une situation délicate à cause de la grâce accordée au pédophile espagnol.
Le premier choc , la première colère passée , on réfléchit un moment, on lit , on essaie de comprendre.

  • Et là je vous fait part de mes réflexions.
  • Connaissant le roi , il n’aurait pas signé cet ordre s’il savait qu’un des détenus était pédophile ( on le connait tous ! )
  • Ensuite les personnes qui ont laissé ce nom sur la liste , savaient bien l’intolérable sentiment qu’il allait créer dans la société civile , on allait pas rester silencieux , surement pas !
  • La procédure de grâce même s’il elle répondait à une directive expresse du roi , devait bien être sujette à un minimum de contrôle. Car il y a bien un minimum de protocole.
  •  Etre conscient de la position très inconfortable qu’aurait à enduré le roi , avec son peuple et face à l’opinion internationale et consentir à garder ce pédophile : c’est 1 TRAHISON vis à vis du Roi et du Maroc.
  • Et enfin se dire que le roi , est entouré de personnes capables de lui nuire et de facto nuire au Maroc , à notre Maroc , celà me fait peur.
  •  Et puis enfin cette épisode nous montre le vrai visage d’abord du milieu associatif ( et pas que de touche pas à mon enfant ! ) , des politiques , du chef de gouvernement et des ministres. Vraiment personne n’a le courage de dire les choses et de demander des explications.
  • Une enquête pour comprendre ce grave événement doit être rapidement mené et le roi saura agir en conséquences.

Qu’en pensez vous ?

Personnellement, je ne suis pas totalement Mehdi Tazi dans la théorie du complot sous-jacente à son analyse. Je crois que la simple imbécilité peut faire tout autant de mal… Et que le point essentiel, le plus effrayant, c’est la déresponsabilisation d’un appareil d’état qui peut arriver à de telles choses.

Comme toutes les monarchies, la monarchie marocaine « Never explain, never complain ». Il est donc à craindre que le silence persiste sur cette affaire, puisque la grâce a été signée par le Roi. Et plus le silence persistera, plus les dommages dans la société marocaine seront profonds.