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Façade d'un Marjane
Les magasins Marjane ne vendraient plus d'alcool ?

Il est toujours surprenant de voir un média dont les articles sont habituellement de bonne qualité enfoncer le clou d’une information fausse, et ce avec une rédaction approximative.

Quand cela se produit sur un petit blog anonyme, on mettra ça sur le compte du non-professionnalisme de l’auteur. Quand c’est sur le360.ma, un journal en ligne dirigé par un véritable professionnel comme Mohamed Douyeb, ancien de la Vie Eco, on se pose la question du “pourquoi” ?

Retour sur ce qui commence à ressembler à une campagne de désinformation, sans qu’on puisse réellement savoir qui en tire les ficelles, et pour quel objectif (et donc si le360.ma est victime ou complice).

Acte I : Marjane arrêterait la vente d’alcool

Fin octobre 2013, toute la weboma, nous y compris, avons sauté sur l’annonce surprenante de l’arrêt de la vente d’alcool par Marjane, qui étendrait à son réseau la décision prise lors du mois de Ramadan 2012 de ne pas réouvrir ceertains rayons d’alcool.

Décision surprenante, en effet, car la présence permanente de porc dans les rayons prouve bien qu’il ne s’agit pas d’une décision basée sur une éthique religieuse (malgré des rumeurs, l’actionnaire du Golfe l’exigeant), et que la vente d’alcool, dont Marjane a été un des pionniers en grande surface, est particulièrement rentable.

Acte II : le démenti

Très rapidement, Mohamed El Amrani, le PDG de Marjane, dément : Marjane n’arrête pas la vente d’alcool, mais réorganise simplement son offre, et arrête effectivement de vendre de l’alcool, uniquement dans un certain nombre de magasins, pour des raisons liées à l’implantation et à l’optimisation de l’espace (fournir des surfaces pour l’arrivée d’IKEA ?)

La simultanéité des informations est un peu étrange : comme si, au choix, quelqu’un avait fait courir une rumeur, pour étouffer l’annonce de l’arrivée d’IKEA (qui gêne ses concurrents marocains, comme Kitea et Mobilia), ou, au contraire, Marjana avait annoncé ce partenariat pour donner un autre grain à moudre aux journalistes que la vente d’alcool.

Acte III : rebelote, et Marjane et Acima

C’est donc lundi que le360.ma publie une information, “selon des sources proches du dossier”, la SNI aurait inéluctablement décidé de ne plus vendre d’alcool. Non seulement dans les magasins Marjane, mais aussi à Acima.

L’article est particulièrement imprécis : les sources sont anonymes, les causes ne sont pas connues avec précision : ce serait une décision “politique” (ce n’est clairement pas une décision économique). Parce que, au choix :

  • Sa Majesté le Roi, Commandeur des Croyants et et actionnaire de la SNI voudrait faire respecter la religion
  • Le fameux actionnaire du Golfe prêt à entrer l’aurait exigé
  • Il y aurait trop de morts sur les routes, trop de drames liés à l’alcool

Les deux premières raisons n’en sont pas (encore une fois, tant qu’on trouve du porc dans ces supermarchés…) La troisième non plus. Pour diminuer la consommation d’alcool, la fermeture des sources d’approvisionnement n’a jamais été une solution. On sait aujourd’hui qu’on n’a jamais tant bu aux Etats-Unis que sous la Prohibition, et que l’Arabie Saoudite est le plus gros consommateur d’alcool du Moyen-Orient.

La meilleure solution, qui arrange aussi les caisses de l’Etat, est une augmentation des taxes, importante, plus particulièrement sur l’alcool à bas prix, le vino. Car, contrairement aux amendes pour excès de vitesse ou conduite en état d’ébriété, il n’y a pas de corruption possible à la caisse d’un supermarché. Quand l’alcool coûte vraiment trop cher, on en boit moins.

Alors ?

Effet de billard à trois bandes ?

Et si la raison de ces rumeurs était à chercher dans l’article lui même ? Car le360.ma ne manque pas d’insister sur la joie des employés de l’enseigne, qui ne vont plus avoir des dirhams “harams”, et précisé même :

[Cette décision] sert l’image de la SNI comme celle d’un groupe citoyen

Ce qui est vrai, il a suffit de voir l’appréciation sur le web de la première annonce.

A contrario, les démentis desservent cette image, ce qui explique la grande discrétion de Mohamed El Amrani.

Si c’était le cas, la désinformation pourrait venir de nombreuses sources : les supermarchés concurrents qui ne vendent déjà pas d’alcool (Aswak Assalam), les concurrents d’Ikea souhaitant salir son image vis à vis de son partenaire, ou d’une manière générale, n’importe qui ayant intérêt à enfoncer le clou : au Maroc, dans un pays musulman, on vend de l’alcool librement. Ce n’importe qui pouvait aussi inclure des groupes d’islamistes politiques.