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Poste de douane et contrôles policiers
La frontière marocaine à Ceuta

Hasard des rédactions, plusieurs articles de Yabiladi parlent d’immigration et de Maroc sous un angle plutôt rare : celui des immigrants au Maroc.

L’interview de Yene Fabien Didier montre les problématiques toutes particulières des immigrants subsahariens au Maroc, et le miroir de leur situation avec celle des immigrants marocains en Europe, et particulièrement en France : même difficultés d’intégration, mêmes reproches de “voler” du travail aux nationaux, même racisme, aussi. Sa démarche est originale : il recherche aujourd’hui l’aide de ces M.R.E. pour améliorer la situation des migrants sub-sahariens. Considérant qu’ils vivent les mêmes problèmes que ces M.R.E., il espère de leur soutient et leur aide pour sensibiliser les Marocains à leur situation, et les faire évoluer. Un pari difficile, quand on voit les insultes particulièrement brutales dont les accable la presse populaire (les accusant, notamment, de propager le sida), alors que les M.R.E. sont plus sensibilisés à leurs propres problèmes.

Ceux-ci sont en augmentation avec la crise qui touche les pays européens, et qui se traduit par un retour de nombreux M.R.E. au Maroc. Retour vécu comme provisoire, notamment lorsque c’est seulement la famille qui rentre, pendant que le père reste en France pour travailler, ou pour toucher les revenus du chômage ou d’insertion, tant qu’il y a droit. Retour aussi espéré comme définitif, notamment par les jeunes cadres diplômés de l’enseignement supérieur, et surtout pour ceux qui ont déjà une expérience professionnelle. Le “retour” au Maroc leur permet le plus souvent de décrocher des emplois intéressants, et de connaître une progression de carrière nettement plus rapide que si ils étaient restés en France. Ces jeunes, qui sont d’ailleurs souvent nés à l’étranger, sont des “expatriés” d’un nouveau genre, qui peuvent faire bénéficier leur pays d’origine de compétences acquises à l’étranger, à moindre coût pour l’entreprise qu’un véritable expatrié.

Cependant, ces retours ne sont pas toujours faciles. La différence culturelle est importante entre l’Europe et le Maroc, et c’est en vivant sur place que le jeune M.R.E. découvre à quel point elle est forte, nettement plus qu’il ne l’avait perçu lorsqu’il venait pour des vacances. Ces retours ne sont pas toujours une réussite, et le nombre de ceux qui repartent dans les cinq ans qui suivent ce retour est important (et plus encore, d’ailleurs, quand il s’agit de filles, habituées à un mode de vie très différent).

Entre les difficultés à revenir au pays pour les M.R.E., d’une part, et les évolutions de la crise et de la croissance de l’autre côté du détroit de Gibraltar, il semble qu’il se mette en place une sorte de pendule migratoire, où des familles entières appartiendront à deux pays, vivant dans l’un ou l’autre au gré de leur travail et de leurs sources de revenus.Flux complétés par les Européens, qui viennent s’installer au Maroc soit pour y vivre une retraite plus facile, soit pour redémarrer une activité économique, dans un pays finalement extrêmement dynamique.

Le dernier article, enfin, fait le point sur tous les étrangers qui vivent à Casablanca, et montre bien la diversité de cette métropole. Par son dynamisme économique, elle attire des marocains de tout le pays, c’est aussi le lieu où s’installent les européens qui viennent travailler au Maroc, d’abord les ouvriers espagnols et portugais qui ont construit la ville, les français aussi. Comme toute grande ville, elle a son quartier chinois (Derb Omar). Et enfin, bien sûr, un quartier pour les émigrants subsahariens.

Ce qu’il en ressort ? Le Maroc est aussi devenu un pays d’immigration.